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Publié : 11 juin 2009

Conseil de lecture du CDI - "Kiffe, kiffe demain"

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Faïza

Doria vit seule avec sa mère dans une cité de Livry-Gargan. Son père est reparti pour le Maroc épouser une jeune fille plus jeune et plus féconde. C’est le destin, la fatalité, "mektoub" : "quoi que tu fasses, tu te feras toujours couiller". Il ne faut pas trop penser aux lendemains qui chantonnent, profiter des gens qui l’aiment, même s’ils font parfois semblant. Sa mère nettoie les chambres d’un hôtel bas de gamme à Bagnolet. Doria regarde beaucoup la télévision, elle arrive aussi à conserver ses rêves et un humour caustique qui la sauve de la grisaille, de la médiocrité ambiante. Elle est soutenue dans sa vie par un grand de la cité, Hamoudi, mais peu aidée par sa psychologue, une dame qui porte des bas et se parfume au shampoing anti-poux, ou les assistantes sociales aux ongles très bien entretenus qui défilent chez elle.
Elle parle aussi des profs, qui se dévouent, ont du mal, sont comme les élèves parfois découragés. Elle prend des cours particuliers pour réussir à l’école chez Nabil, à qui elle vole un jour un baiser. Et elle essaie de caser sa mère avec Aziz, l’épicier du coin, qui finit par se marier sans les inviter.

L’auteur(e) de ce roman a toujours les mots qu’il faut pour décrire le quotidien d’une jeune fille, une "meuf", de la "téci". Mais elle ne sombre jamais dans le mélodrame, même s’il arrive que l’on puisse être triste, ni dans la tristesse ou le "rose-bonbon" angélique. Elle a un style dense et précis, a de l’audace dans les portraits de ses personnages, car ce n’est pas qu’une auto-fiction de plus, beaucoup d’humour aussi. Elle a le sens de la caricature, et "croque" avec talent certains adultes sûrs de leurs qualités, doués en prétention, et toujours contents d’eux. Il y a vraiment quelque chose de pas si morose que çà dans sa vie quand on veut bien se prendre la peine de gratter un peu sous la couche de préjugés ou d’idées reçues.

Afin de se faire une idée juste de la banlieue en ce moment, ni trop sombre, ni trop angéliste - ce qui revient au même - je ne saurai trop conseiller la lecture de ce roman écrit dans une langue où la gouaille le dispute à la sensibilité, très loin donc de tous les auteurs "à concours". Il permet de comprendre la brutalité des uns et le ras le bol des autres. On peut rêver d’un temps où ni la couleur de peau ni l’apparence physique ne seront pris en compte pour aller vers une personne...

Titre : Kiffe kiffe demain | Auteur : Faïza Guène | Editeur : Hachette Littératures

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